Vie des Bretons prisonniers dans les stalags.

Petite victoire en 1942 par des « Gaulois » affectés en Komando à Brunswick.
Une partie de la classe » 40 « originaire principalement des 5 départements de la Bretagne historique, furent incorporés au 505eme R.C.C. de Vannes (Morbihan) début juin 1940 pour faire leurs classes avec des appelés plus âgés aux motifs divers ( père de famille, sursitaires…) … avant de partir sur le front.
Ils étaient originaires de Brest , Morlaix, Nantes, Pont l’abbé… mais aussi de Paris, Marseille… aux profils divers cultivateurs, employés, instituteurs, fonctionnaires …
Partis du Rhin le 10 mai 1940, les allemands arrivèrent sur Vannes le 22 juin de la même année.
Tandis que certains jeunes soldats purent prendre la fuite, la quasi majorité furent prisonniers et menacés de fusillade, de déportation voire de promesse de libération.
Courant août, ces derniers furent acheminés à Savenay (Loire-Atlantique) dans un camp de transit , entouré de fils barbelés et de tours miradors pour être transférés dans divers lieux en Allemagne de 1940 à 1943 ( stallag XB à Sandbostel,stallag XI B à Falllingbostel, sucrerie à Dettum, komando de travaux publics à Brunswick, stalkag VIII C Sagan en silésie…) pour assurer la main d’oeuvre des allemands engagés sur le front.
La capacité des wagons était de 40 hommes ou 8 chevaux par wagon.
Avant d’être acheminés dans cette » suckerfabrtcik » il est raconté par nos jeunes compatriotes détenus… certains moments de détente… qui ne compensaient pas pour autant leur angoisse de ce qu’ils allaient devenir.
Il s’agissait de la mise en place des wagons requérant une douzaine de prisonniers appelés par le contremaître pour placer le wagon sur l’embranchement adéquat, malgré les efforts répétés de ces derniers les bras bien tendus ou l’épaule bien serrée le wagon ne bougeait pas.
Au 5ème ou 6ème essai, les patins de freins finissaient par être débloqués à l’aide d’une masse ou d’un lance peck permettant de décaler les roues..sous les yeux furieux du soldat allemand.
Printemps 41 transfert de nos français à la Firm Karl Schaare-Strassenbau-Tiffenbau-Eisenbahnbau se trouvant à Brunswick !
Au fil des mois du début le vocabulaire , s’étoffait progressivement mais difficilement alors que les tchèques, polonais, serbes, russes…se débrouillaient beaucoup plus rapidement.
» Du bis furtick, munch, du bis dum » » tu es sot,tu es fou, espèce d’homme » » Pass ma lauf du » » attention à toi »
Auxquels ils répondaient par : « Ah…m… tu me fais ch… ». Les allemands interloqués répondaient : » was is das, monsieur , fais ch…? qu’est ce que ça veut dire ? « . Réponse : » was is das : petite fenêtre »
mais cela ne marchait pas toujours ! Un contremaître nommé Kulich comprenait les rudiments de la langue française suite à son passé d’ancien prisonnier en France pendant la la guerre précédente : ya ya compris Monsieur fais ch…; merde « .
Néanmoins l’encadrement civil allemand restait globalement respectueux par un classique » Morgan « ou guten morgan » ( bon matin ) quoique parfois c’était » un heil hitler » comme un compatriote ordinaire !
Puis par nécessité le vocabulaire s’est étoffé : »raus » :dehors , » loss : vite, « fertig » : fini, « essen » ; manger, « arbeit » : travail …
Une autre des distractions était l’appel du matin et du soir relevant du folklore.
« eins, ewei, drai, vier.. » que les allemands recomptaient plusieurs fois dans les deux sens n’arrivant pas à trouver le même nombre dans chaque baraque !
Par provocation certains prisonniers changeaient discrètement de place ou modifiaient leur physionomie soit en serrant le ventre soit en le gonflant. Par ailleurs, au niveau des commodités, les allemands ne connaissant pas les toilettes à la turque, avaient installés des sièges avec chasse d’eau, répartis sur deux lignes distants de 1,50m environ, face à face.
La petite victoire » en 42.
Les fondations du bunker sur le chantier de Bollweg ayant été réalisées en hiver par moins de 30 degrés … nécessitant l’usage du burin ou de la masse, ( terre dure comme du roc,) les prisonniers s’attaquèrent au printemps suivant, à l’élévation des murs et des dalles;
A la coulée de béton nécessitant un travail continu qui nécessitait de gros efforts physiques et un temps de travail beaucoup plus long, une demande d’un supplément de nourriture avait été formulée, qui avait été acceptée.
Les semaines passant sans la soupe promise, décision fut prise spontanément d’arrêter le travail au-delà des heures habituelles, qui ne permettait pas de finir la coulée du béton !
Admonestations, menaces, représailles, rien n’y fit… les prisonniers français déposèrent pelles et pioches et s’assirent sur le sable en disant ; » nicht supp, night arbeit « – pas de soupe, pas de travail , alors que les autres prisonniers de nationalités différentes continuèrent le travail.
La sentinelle allemande alla chercher le » Kontrol officier staffe Kompanie » qui n’eut pas plus d’effet sur ces derniers !
Alors l’impensable se produisit :les contremaîtres prirent la suite pour finir le travail bien tard dans la soirée… avant que le béton ne prenne.
Les jours passèrent semble-t-il sans suite. Or quelques semaines après les coulages de béton reprenant, une soupe le midi fut donnée aux seuls français.. qui avaient » déposé sac à terre » !
Premier mouvement de résistance en terre ennemie
