Un Nazairien récipiendaire

Empreint des valeurs sociales transmises de ses familles Douarnenistes et Nazairiennes, Jakez L’Héritier s’est vu décerné » la Gorseld au titre de la fraternité des druides, bardes et ovates, le 27.07.2024 , pour son engagement et son dévouement permanent à la promotion de la culture celtique et la cause bretonne.

Il avait déjà reçu précédemment de l’Institut Culturel de Bretagne ( I.C.B. ,) la » Skol uhel ar vro » pour ses engagements sans faille depuis sa jeunesse à Argentré du Plessis ( 35 ) le 05.10.2021 .

Et pourtant, l’investissement de ce récipiendaire n’allait pas de soi …son grand-père Eugène Crev interdisait de parler Breton à la maison.
Mais que cela ne tienne, dès l’âge de ses 16 ans, il commence à fréquenter le cercle cetique de Saint Nazaire et effectue ses premières danses bretonnes, alors que sa sœur en autodidacte, apprend la cornemuse sur le balcon.

C’est en 1960, en faisant la saison de pêche aux thons sur un thonier malamok » le Laenner » de son parrain, qu’il découvre réellement le Breton : tous les marins parlant le breton sur le bateau, en 4 semaines, il comprenait les ordres et consignes de pêche.
C’est aussi à cette période qu’il découvre que l’histoire de France, occultant certains événements comme en 14/18 où de nombreux soldats bretons, français, allemands … avaient été fusillés par ce qu’ils refusaient de s’entretuer et cela pour dissuader le risque de désertion. Sa prise de conscience l’a amené progressivement à engager différentes luttes » de terrain » comme par exemple cette première grève » sur le tas « , qui a amené le directeur à annuler la décision de faire payer les documents technologiques et plans de machines, qui préalablement étaient gratuits dans le cadre de la formation » du brevet d’enseignement industriel » où il était en formation et…en accord avec ses parents.
En 1960 également, il commence les premiers enregistrements sonores de danses bretonnes en Brière et marais salants sur cassette et fait ses premiers pas de danse bretonne, avec ses camarades en apprentissage .
Il participe en 1961 à sa première fête de Cornouaille à Quimper où il rencontre Alain Cochelou qui deviendra plus tard Alan Stivell. Il manifeste après » le triomphe des sonneurs » , pour revendiquer un plan Constantine en Bretagne. A cette occasion, le responsable du festival s’est vite trouvé débordé par ces jeunes bretons qui expriment une autre vision géopolitique sans « être costumés « .
Il poursuit son investissement avec le cercle celtique de Saint Nazaire et effectue son premier voyage en Hongrie en juillet 64 et participe comme danseur à plusieurs spectacles (danses, chansons, bagad ), puis commence la même année à enseigner les danses bretonnes aux jeunes du cercle section junior.
Il fréquente également le cercle celtique de Nantes et participe pendant ses loisirs à plusieurs Fest Noz et notamment celui du réveillon où les » plinn, fanch et fisel » se dansent pendant plus d’une heure .
Il se marie le 6 mai 1967 avec Carmen qu’il a connu comme danseur et font leur voyage de noces en Algérie, où il semble qu’ils avaient été le premier couple breton en voyage depuis l’indépendance en 1962 .

Sa mobilité professionnelle l’amène de nouveau sur Nantes et naturellement il s’inscrit au cercle de cette cité en devenant moniteur de danse . Il démarre ses premiers » Festoù Noz » avec les jeunes sur le centre de Bretagne ( Léon, Quimper, île Molène notamment ).
Très investi , il co-organise le 1er Fest Noz à Marsac sur Don ( Jambu de Nort sur Erdre, les sœurs L’hour de Plouédern ) , puis un second sur Vay animé par les 3 frères Morvan avec un passage sur la chaîne FR 3 en costume traditionnel.
S’ensuit une nuit bretonne au poste Frontière de Verrieres ( Jura ) avec le départ le lendemain pour la Hongrie où là également, il fait découvrir les danses bretonnes.
Le temps passe et toujours aussi actif, il s’engage parallèlement dans le syndicalisme en devenant un des premiers délégués syndical pour la section » transport et chimie » en participant aux négociations sur la mensualisation des ouvriers et employés avenue Foch à Paris.
Muté comme chef de service gaz à la société Air Liquide à Casablanca, il intègre le cercle celtique de l’Armorique de cette ville et enseigne de même, des danses celtiques.
Il poursuit son cheminement breton et adhère à l’U.D.B. » en 1974 et sollicite l’autorisation d’ouvrir « une ambassade Bretonne » auprès du chef de la sécurité du Président Boumédiene, qui a été refusé au motif que » l’U.D.B. « n’était pas une organisation indépendantiste…mais qu’importe, son logement visible de l’extérieur était connu pour être » le consulat breton « , de fait.
De retour en 1975, il développe peu après avec 4 autres militants des actions de Basse Loire où il est nommé en 1976 responsable de » la fête du peuple breton » qui se déroula à Morlaix,
Désigné comme représentant breton autonome sur une liste d’union de la gauche à Saint Nazaire, il est devenu conseiller municipal dans les commissions » économie, culture, urbanisme » sous le mandat d’Etienne Caux. Il obtient le pavoisement du » gwen ha du » et également la décoration aux motifs bretons pour les tables de réception, ainsi que le choix des musiques pour les mariages ( bretonne, rock ), le premier local » U.D.B. » de Bretagne et le port de la ceinture bretonne quand il officie.
Parallèlement à sa fonction d’élu, il continue de s’occuper de la fête bretonne ( Morlaix, Penfeld sur Brest ) avec une affluence d’environ 5000 festivaliers sur 2 jours animé par Alan Stivell et ses musiciens.
D’ailleurs ce même groupe lors d’un passage sur la cité nazairienne, dormirent après leur spectacle sur la paille dans une écurie de la ferme de Léroux où séjournait la famille de Jackez et son épouse ( souvenirs dont Alan Stivell ne se souvient plus en 2025 ) .
S’ensuit en 1980, la création de l’école de musique celtique au sein de l’école municipale …non sans difficulté arguant que » si le conseil refusait cette création, il demandait de ne faire enseigner que de la musique composée de compositeurs français ! «

Il cocréa de même en 1984 , la première » fête de la mer » au petit maroc en gardant à l’esprit la nécessité de la gratuité pour les jeunes et les familles, et pendant les vacances pour ne pas faire concurrence avec les autres fêtes traditionnelles.
Il finit par obtenir « après 2 ans de bagarre au conseil municipal » l’autonomie de l’école de musique celtique.
Courant 1984, il démissionne de « l’U.D.B. » et du conseil municipal pour divergences de fond et pour ne pas être récupéré politiquement.
Fin 1984 avec d’autres camarades et son épouse, il récoltera 45000 francs en Bretagne pour soutenir la cause des mineurs gallois des vallées de Cardiff qui faisaient grèves.. »à la barbe de l’autorité anglaise » ;
» La culture familiale amène ses 2 fils Josick et puis Yann, a effectué leur service militaire à la » Lann Bihoué » .
Fin 2001 avec 6 autres camarades, ils créent l’association « sauver le paquebot France » qui sera dissous en 2008 malgré une campagne qui les mène dans différents médias et au ministère des finances comme à Bruxelles .

2002 l’heure de la retraite arrive mais il continue d’œuvrer dans différentes actions : la création d’un groupe de chants marins au quartier de Kerlédé, qui deviendra l’association » vent arrière » et représentera l’ I.C.B. au pays de Galle -Cymu, avec pavoisement aux couleurs galloises, bretonnes et briéronnes .
Il poursuit ses engagements auprès de » l’association de Bretagne Réunie » comme responsable de secteur sur Saint Nazaire et la Bière, puis également vice -président et trésorier de la nouvelle association pour la renaissance du musée de saint nazaire en 2023. Il se joint à l’association » le vieux Saint nazaire » en étant l’inspirateur du projet d’un film documentaire avec la société de production « Rémi valais » les gamins de Saint Nazaire, relatant de 1944 à 1960 leurs histoires de vie pendant cette période, retenu officiellement par la municipalité, pour le programme des festivités du 80eme anniversaire de la libération e la poche de Saint nazaire. La diffusion de ce film sera d’ailleurs programmée dans différentes autres salles de cinéma aux alentours .
Voilà donc brièvement le parcours hors norme de ce militant actif, aux valeurs humanistes, infatigable et dévoué à de nombreuses causes, qui constitue un exemple pour les générations actuelles et celles à venir. Bravo à lui et à sa famille.

Merci Jakez pour ton engagement indéfectible en faveur de la Bretagne, de sa langue, de ses traditions et de son identité. Par ton travail acharné et ta passion, tu fais rayonner la culture Bretonne, la préserver et la transmettre aux générations futures. Que ton parcours inspire encore longtemps ceux qui, comme toi, portent haut les couleurs de cette terre de légendes et de caractère.